Milton Erickson le maître de l’hypnose

milton erickson

Il y a un peu plus d’un siècle de cela, à une époque où l’hypnose ne brillait que par son attrait lors des spectacles et par son manque de crédibilité scientifique, un jeune fermier du nom de Milton Hyland Erickson eu, sans savoir de quoi il s’agissait, sa première expérience hypnotique.

En effet, cette première expérience l’influença si intensément qu’une fois devenu adulte il entreprit, entre autres, de prouver les valeurs thérapeutiques de l’hypnose.

Doté d’un profil unique et totalement atypique il ne se laissait limité ni par son expertise professionnelle ni par les préjugés de ses prédécesseurs ou contemporains. Milton Erickson puisait en lui et en ses patients les éléments nécessaires pour évoluer dans ses travaux.

Cette méthode fonctionna si bien qu’au crépuscule de son existence, mais aussi après elle, ses succès en psychothérapies étaient de portée internationale. Grâce à lui, l’hypnose fut reconnue comme un mode de traitement thérapeutique.

Puisqu’il en est ainsi, dans le but de mieux comprendre son importance, mais aussi dans l’objectif de mieux saisir son apport à l’hypnose, il est essentiel d’en savoir plus sur l’histoire d’Erickson.

Par conséquent, les lignes qui suivent présenteront dans un premier temps la vie de Milton Erickson et dans un second temps, elles s’articuleront autour de son influence sur le monde de l’hypnose.

La vie de Milton Erickson

Les épreuves de l’enfance

Le 20e siècle est l’une des pages les plus marquantes et riche en évènement de l’histoire de l’humanité. A cette époque, le monde était en pleine ébullition, les découvertes scientifiques et les avancées technologique se succédaient les unes après les autres. Parallèlement, les changements socio-politiques devenaient de plus en plus évidents.

Quoi qu’il en soit, c’est dans ce contexte qu’est né le 05 décembre 1901 à Aurum, dans l’état du Nevada, Milton Erickson. Très tôt, un diagnostic révèle qu’il est atteint de troubles sensoriels et perceptifs congénitaux, il est daltonien et amusique.

On découvre plus tard, lorsque vient le moment de le scolariser, qu’il souffre en plus d’une dyslexie sévère.

A l’âge de 17 ans, en 1919, Milton Erickson est touché par une forme sévère de poliomyélite. Alors qu’il était persuadé qu’il allait en mourir il établit involontairement son premier contact avec le monde de l’hypnose lors de l’observation du coucher de soleil.

Par la suite, victime d’un coma dont il sort paralysé, il finit par se remettre après de long mois d’entrainement thérapeutique et personnel.

Une fois rétablie, faute de pouvoir devenir fermier à cause de son physique amoindri, Milton Erickson décide de devenir médecin et s’inscrit, en 1921, à l’université du Winsconsin.

La recherche de la connaissance

Après trois ans en faculté de médecine, la vie de Milton Erickson prend une tournure décisive lors de sa participation, en 1923, au séminaire sur l’hypnose organisé par Clark L. Hull dans son université.

En effet, intéressé par ses travaux, Hull le prend sous son aile et lui accorde la chance de pouvoir présenter les résultats de ses recherches devant ses pairs.

Milton Erickson saisi cette chance, mais n’hésite pas à remettre en cause les travaux de son mentor au profit de théories qu’il juge plus novatrices sur l’hypnose.

Finalement, en 1928, Erickson obtient son doctorat en médecine en même temps qu’une maitrise en psychologie de l’hôpital générale du Colorado.

Le début de l’expertise

Après avoir effectué divers stages à travers le pays et subit l’interdiction de faire référence à l’hypnose, Milton Erickson est recruté, en 1930, en tant que médecin à l’hôpital de Worcester dans le Massachusetts. Il y occupe d’abord le poste de médecin-adjoint puis passe à celui de médecin-chef par la suite.

N’étant plus sous le coup de l’interdiction dont il était victime, Milton Erickson publie dans la même période, en 1932, son premier article sur l’hypnose. Il est intitulé « A propos d’éventuels effets préjudiciable de l’hypnose expérimentale »

En 1934, Milton Erickson est nommé directeur de l’hôpital psychiatrique Wayne County dans le Michigan. C’est dans ce lieu qu’il réalise la grande majorité de ses expériences sur l’hypnose.

En 1939, il est nommé directeur de la recherche et de la formation psychiatrique au sein du même hôpital. Il occupera ce poste jusqu’en 1948.

Dans la même période, en 1940, la guerre ayant favorisé un regain d’intérêt pour l’hypnose, Milton Erickson est recruté par le gouvernement américain pour effectuer des recherches sur la personnalité des soldats japonais et sur les effets de la propagande nazie.

En 1942, Milton Erickson est invité à prendre part à la première conférence Macy. Il y rencontre de nombreux experts de domaines connexes.

Thérapie peu commune, la consécration de Milton Erickson

En 1947, Milton Erickson est victime d’une blessure au visage qui s’aggrave au point d’aboutir à son hospitalisation en 1948. Une fois remis de ses problèmes de santé, il se retire à Phoenix en Arizona.

Une fois installé, Milton Hyland Erickson s’engage dans une suite d’actions qui ont pour effet d’augmenter sa notoriété, son influence et son importance dans l’univers de la psychothérapie en générale et plus précisément dans celui de l’hypnose.

Effectivement, il entreprend d’animer des séminaires sur l’hypnose à travers tout le territoire américain. En 1949, il contribue, avec André Weitzenhoffer et William Kroger, à la création de la Society for Clinical and Experimental Hypnosis (Société d’hypnose clinique et expérimental).

En 1952, âgé de 51 ans, il contracte une seconde fois la poliomyélite et en ressort encore plus amoindris qu’il ne l’était avant. S’aidant de l’autohypnose, il combat les souffrances chroniques dont il est victime.

Les années 1953 à 1973 sont marquées par les collaborations d’Erickson avec de nombreux scientifiques de disciplines plus ou moins connexe, mais aussi par la fondation de l’American Society of Clinical Hypnosis (Société Américaine d’Hypnose Clinique).

La publication de Uncommon Therapy (Thérapie peu commune) en 1973 par Jay Haley achève de rendre Milton Erickson connu du grand public. Un an plus tard, en 1974, il met fin à sa pratique de la psychothérapie.

Milton Hyland Erickson meurt le 25 mars 1980 d’un choc septique alors qu’il devait prendre part six mois plus tard à un congrès international qui lui était consacré.

L’influence de Milton Erickson sur l’hypnose

Un changement fondamental de vision et de méthode

Depuis qu’elle fut portée à la connaissance de tous au 18e siècle par Franz Anton Mesmer, l’hypnose avait toujours été pratiquée selon une vision et une méthode qui laissait croire que c’est par le pouvoir de persuasion de l’hypnothérapeute que le patient était guéri.

Ainsi, c’est du fond de l’esprit de l’hypnothérapeute que viendrait la solution au problème du patient et il exercerait sur celui-ci une autorité si puissante qu’il n’aurait d’autre choix que d’appliquer cette solution même contre sa volonté.

Dès l’université, influencé et inspiré par ses expériences personnelles, Milton Erickson refuse d’accepter cette vision et ses corolaires. Il considère qu’elle sous-estime et amoindri le patient. De plus, il juge que les méthodes qui en résultent sont bien trop standard.

Parallèlement, il finit par proposer une nouvelle vision. Selon celle-ci, le patient dispose d’un potentiel de guérison inexploré. Il possède les solutions nécessaires pour régler ses problèmes. Elles sont en lui et il appartient à l’hypnothérapeute de lui permettre d’y accéder.

Sur la question de la méthode, Milton Erickson fait preuve d’un esprit novateur révolutionnaire. Il soutient que puisque chaque patient possède un profil différent, la méthode de traitement devrait elle aussi être différente.

Il prescrit, à ses pairs comme à ses élèves, de développer leurs sens de l’observation, de ne pas sous-estimer l’importance de l’inconscient du patient et surtout de ne pas les brusquer vers un changement involontaire.

Tout au long de sa carrière qu’il s’agisse de sa vision ou de sa méthode, Milton Erickson parvint à en prouver l’efficacité et la pertinence à de nombreuses reprises.

L’héritage du père de l’hypnose moderne

Hypnothérapeute atypique et psychothérapeute peu orthodoxe, Milton Erickson ne s’est jamais soucié, contrairement à certains de ses contemporains, de laisser derrière lui un héritage formel et écrit de ses propres mains.

Convaincu de l’utilité de ce qu’il faisait et investit dans son travail, il n’a jamais pris la peine de fonder une école malgré la vision et les méthodes innovantes dont il était l’auteur. De plus, il n’a jamais nommé lui-même sa vision ou ses méthodes.

Ainsi, l’hypnose ericksonienne, désignant sa vision et ses méthodes, est une nomination effectuée à titre posthume par ses élèves ou ceux qui s’identifient à ses postulats.

Néanmoins, il a laissé derrière lui lassez de livres (une dizaine rédigé en tant que co-auteur) et d’articles pour inspirer les générations futurs (un peu plus d’une trentaine rédigée individuellement ou en tant que co-auteur).

En outre, il est important de noter que l’apport et l’importance d’Erickson ne se limitent pas aux changements qu’il a opéré dans les fondations de l’hypnose.

En effet, si Milton Erickson est le père de l’hypnose moderne c’est aussi parce qu’il a grandement contribué à la crédibilisé non seulement aux yeux de la communauté scientifique, mais aussi aux yeux du grand public.

Né sous le signe de la souffrance physique, Milton Erickson a découvert dès son plus jeune âge qu’il pouvait puiser dans son esprit la force nécessaire pour faire face aux épreuves qui étaient les siennes.

Plutôt que de se laisser stigmatiser par ses handicaps il s’en est servi pour développer une perception libre des valeurs prescrit par la société.

Plutôt que de se laisser submerger par le désespoir de la paralysie qui fut la sienne, à une certaine époque, Milton Erickson entreprit de développer sons sens de l’observation en prêtant attention aux infimes changements dans l’environnement qui était le sien.

Pour lui, la psychothérapie et l’hypnose n’étaient pas des matières qu’il fallait étudier, maîtriser et pratiquer pour le simple plaisir de l’excitation intellectuel ou de la notoriété publique.

Effectivement, pour Milton Erickson, ces deux matières étaient une question de survie. Elles étaient chacune un outil utile pour régler des problèmes d’ordre divers.

C’est la raison pour laquelle, il s’appliquait à y découvrir ou à y inventer, indépendamment des préjugés et restrictions de son époque, des techniques ou des méthodes adéquates et efficaces pour soigner les maux auxquelles il était confronté.

D’ailleurs, à la fois spécialiste et sujet, sa propre personne a toujours été son premier patient. Il n’a jamais hésité à recourir à l’autohypnose ou à une thérapie pour se soigner ou alléger tout au moins ses souffrances chronique.

C’est en s’inspirant, entre autres, de ses expériences personnelles qu’il réussit à proposer la vision et les méthodes qui on fait de lui un pionnier pour l’hypnose et l’ont rendu célèbre à travers le monde. Tel Chiron, le centaure mythique, Milton Hyland Erickson est le « guérisseur blessé ».

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